Mon pays en chantier

  • « Le [créateur] québécois actuel a deux choix: ou il tourne carrément le dos au passé et s'invente totalement un présent, donc un futur, ou il croit suffisamment aux choses qu'il y a dernière lui, s'y plonge, les assimile, leur donne un sens nouveau, celui d'une oeuvre qu'il bâtit en fonction du nouvel univers qu'il voudrait voir s'établir ici. » 
    - Victor-Lévy Beaulieu, 1973
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  • « Bien arrimée à l’expérience personnelle de l’artiste, [cette] présentation met en relief ce que les considérations d’ordre public et collectif doivent à la réalité quotidienne et subjective du chercheur. On y découvre l’élaboration rigoureuse d’une mythologie personnelle ainsi que son prolongement, à travers la conceptualisation et la réalisation d’œuvres/invitations appelant l’autre à rejoindre un «système» à compléter. »
    - François Georget, 2014

 

Résumé

 

Le pays que je tente d’atteindre n’existe pas. Comment faire pour qu’il existe ? Par l’art. Il s’agira dès lors de créer et d’exposer directement dans l’espace publique au lieu de miser exclusivement sur un mode de production en atelier et de diffusion en centre d’art.

 

Si mon horizon est un pays, le lieu de son existence est un territoire comprenant un ensemble de chantiers artistiques. Cette notion de chantier évoque un processus en cours. Par la création de ces chantiers, je peux m’intégrer dans ma société et délimiter un nouveau un lieu de rencontre et de partage possibles.

 

J’utilise un mode de fabrication d’œuvres en art-action déployée dans l’espace public. L’art en action occupe un espace qui est public et touche directement le corps social dans lequel il opère. L’action artistique n’est plus un geste individuel et privé, mais devient une action collective et publique qui délaisse les lieux conventionnels de l’art.

 

Ma démarche artistique est engagée. L’artiste engagé prend conscience de son appartenance à la société  et renonce à une position de simple spectateur. Il met sa pensée ou son art au service d’une cause. L’utopie en art, bénéficie d’un regain d’intérêt depuis les années 90, dans un discours en lien avec une problématique du territoire et de l’expérimentation à petite échelle. Plutôt que comme un idéal, l’utopie est vu comme une enclave proposant de nouvelles zones d’échanges. La post-modernité dans laquelle nous vivons donne une plus grande place au micropolitique, à l’action ciblée, comme pour tenter de retrouver une emprise sur une société qui nous échappe. L’artiste ne se situe plus au devant, mais au milieu des autres.

 

Par le déploiement de ma démarche, j’élabore une mythologie de pays à travers les traces de mes actions. Mon territoire artistique, lieu de mes actions, permet l’extériorisation de cette mythologie intérieure. La création d’un mythe appel la fiction. Celle-ci permet d’introduire une distance et d’accéder à l’horizon. Elle permet une remise en jeu de l’irréel dans le réel. 


Le mythe est aussi une configuration narrative symbolique parce qu’il est constitué de plusieurs éléments puis parce-que, non seulement un mythe est une histoire mais aussi parce-qu’il doit être raconté pour exister. Les archives de mes œuvres deviennent la matière d’une histoire évolutive, racontée par bribes en centre d’art. C’est par la création d’œuvres à partir d’archives que je peux retransmettre ces chantiers déployés originalement dans l’espace public. En les exposant, je peux partager et réactiver mes œuvres comme le fait la mémoire. Ces souvenirs matérialisés et réinventés contribuent à transmettre le mythe que je bâti.

 

Mots clés

 

Québec - Identité - Culture - Nation - Pays - Territoire - Mythe - Construction - Hybridation - Émancipation - Chantier - Action